Reprendre une entreprise plutôt que créer : pour aller plus vite et plus loin !

Si la création permet de façonner et d’organiser l’entité selon sa propre volonté sans avoir à subir l’héritage d’un autre, encore faut-il avoir l’idée originale qui va engendrer cette création. Car le créateur crée ex nihilo (à partir de rien). Son idée doit donc être novatrice (ou différenciante), viable financièrement, et finançable. Tant qu’une société n’existe pas, personne ne peut présager de son devenir. La reprise offre l’avantage de se fonder sur un business qui a fait ses preuves, dont l’historique est rassurant et la rentabilité connue.

Financièrement, la reprise offre donc plus d’avantages que la création :

  • Alors que le financement de la reprise peut s’appuyer sur l’existant, le financement de la création est incertain car si les investissements de démarrage peuvent être chiffrés (communication, prospection, investissements en matériel), la durée des efforts financiers à fournir pour le démarrage est moins facilement estimable. D’ailleurs, le taux d’échec à 3 ans de la création est plus élevé que celui de la reprise (40% d’échec en création contre 20 à 25% en reprise).
  • En période de crise économique, la recherche d’un financement bancaire est difficile pour une reprise mais est encore plus difficile pour une création. Un banquier analyse le business plan d’une reprise avec moins d’incertitude (chiffre d’affaire, marge, résultat) que dans le cadre d’un exercice de style totalement théorique pour une création. Le banquier,  attentif au risque,  financera plus facilement une reprise qu’une création (s’il s’agit d’un bon dossier bien entendu !).
  • Si la reprise parait plus chère au départ, le dirigeant peut se rémunérer correctement dès le début alors que le créateur économise en fait un salaire qu’il ne se versera pas immédiatement. L’économie réalisée par le créateur constitue en pratique une renonciation à un salaire.
  • Une reprise bien gérée permet même de cumuler création et reprise par l’apport du repreneur. Pourquoi ne pas développer un pan d’activité nouveau sereinement pendant que l’existant tourne. Un repreneur qui voulait créer une agence de voyages de sport extrêmes a finalement préféré s’appuyer sur une agence de voyages classique pour développer son projet. Bien lui en a pris car trois ans après la reprise, son nouveau projet n’avait toujours pas décollé (concurrence forte, marché de niche très limité, gestion à l’unité très couteuse…).

Reprendre c’est subir les décisions du cédant. Mais c’est surtout s’appuyer sur ce qui fonctionne bien et changer petit à petit ce qui ne plait pas.

Organisationnellement, la reprise est beaucoup plus confortable que la création :

  • La société tourne déjà : la logistique est en place, la clientèle est constituée, les salariés sont déjà recrutés. Même si l’existant n’est pas à l’image du repreneur, il a fait ses preuves. Les ajustements se feront à la marge et par petites touches pour ne pas enrailler la machine.
  • Même si le traumatisme des ressources humaines dans le cas d’une reprise est toujours un sujet ; dans un contexte de crise économique, l’équipe en place cherchera à s’adapter après la traditionnelle période d’observation. Alors que le créateur a l’impression que le choix de recruter est un confort, il en oublie les contraintes (temps consacré aux entretiens d’embauche, formation des collaborateurs, constitution d’une équipe, ratés des recrutements à gérer…). Parfois, les salariés d’une société reprise seront encore plus motivés que du temps du cédant par la perspective de continuité de leur entreprise.
  • Le repreneur hérite d’une machine huilée où les rôles et fonctions sont définis alors que le créateur doit savoir tout faire dans un premier temps (production technique, management et commercial). Il est l’homme à tout faire et doit posséder des compétences multiples et parfois incompatibles (chercheur et commercial etc).
  • L’empreinte du cédant est parfois tellement forte que la société reposait totalement sur son intuitu personae. Ce risque, identifié durant les audits, doit être compensé par une période d’accompagnement durant laquelle le cédant transmettra son savoir-faire et son expérience. C’est l’exemple extrême de ce repreneur qui avait acheté une entreprise de fabrication d’appareils très technologiques, à un « Géo Trouvetou » génial, qui en est à sa cinquième année d’accompagnement dans une collaboration constructive et réciproque.
  • Mais alors que le créateur a le temps de se rôder à sa fonction, le repreneur doit être opérationnel immédiatement. Les salariés l’observent et il doit faire ses preuves tout de suite. Sa crédibilité et ses compétences devront être démontrées rapidement pour assurer la continuité voire développer la société reprise. La reprise est confortable mais après une période de recherche de cible un peu passive, le repreneur doit reprendre la barre très rapidement.

Enfin, la reprise d’entreprise permet d’aller plus loin :

  • Si le processus de la reprise peut rebuter certains candidats : audits à prévoir (sociaux, juridiques, comptables et organisationnels, voire techniques), négociations à toutes les étapes (lettre d’intention, protocole, closing), mise en œuvre des garanties d’actif et de passif, bouclage du financement… la reprise est addictive. A l’exemple de cet ancien salarié d’une société financière qui après avoir repris avec succès une entreprise de BTP en région parisienne, en est à sa troisième reprise avec pour objectif de créer un groupe multi corps de métier dans le BTP. Bien entouré par ses conseils, le repreneur passera les étapes les unes après les autres sans difficulté (comme l’achat de son premier bien immobilier qui, après coup, paraît finalement facile).
  • La reprise permet à tout entrepreneur, soit d’optimiser la structure existante grâce à son équipe de conseils (amélioration de la rentabilité et de l’organisation, optimisation fiscale et juridique…), soit de développer de nouvelles activités sur la structure existante (création d’un petit groupe suite à de multi reprises, mise en place de nouvelles idées greffées sur la cible reprise…). La reprise, c’est aussi les avantages de la création sans les inconvénients !

Finalement, reprendre c’est «créer à nouveau ».

Christine REGOURD – Experte Comptable – experte CRA
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