Success-story : les reprises réussies

Sébastien Barbier-Pageault a toujours envisagé la reprise d’une entreprise avec un associé. Pourtant, en 2010, c’est seul qu’il rachètera une société de traiteur événementiel située en région parisienne. Après cinq années de travail acharné, de temps passé au détriment de sa famille, Sébastien porte un intérêt certain à la proposition de rachat de l’entreprise par l’un de ses salariés. Affaire conclue. Déménagement vers le sud de la France et le soleil. Il retrouve alors Hervé Combal, un  ami d’enfance expatrié depuis plusieurs années. Les planètes sont alignées pour envisager ensemble  la reprise d’une entreprise.

Choisir la franchise

En 2016, Sébastien Barbier-Pageault ayant vendu son entreprise, Hervé Combal revenant de l’étranger, se mettent donc en quête d’une entreprise à racheter. «Hervé fait partie des personnes avec qui je pouvais m’associer, explique Sébastien. On savait que l’on allait reprendre une entreprise à deux.» Ce qui ne les empêche pas de se tenir prêt à rebondir individuellement : chacun avait prévu un plan de rechange. L’avenir leur donnera raison d’y croire : les deux entrepreneurs rachèteront en association des boutiques de la marque franchisée La Croissanterie.

Prévoir un pacte d’actionnaires solide

L’association souhaitée par les deux repreneurs est parfois déconseillée par les professionnels de la transmission. «L’expérience montre que l’association de deux ou plusieurs actionnaires est souvent source de difficultés, explique Alain Pomey, délégué CRA. Il est donc essentiel de définir un pacte d’actionnaires sérieux lors de la reprise.»  Alain Pomey distingue deux types d’associations : l’une dite égalitaire dans laquelle les actionnaires se partagent les parts de la société et définissent équitablement les taches de gestion dans l’entreprise. L’autre, appelée inégalitaire, est le cas où un fonds d’investissement ou un investisseur privé participe au capital sans intervenir dans la gestion de l’entreprise. «Cette seconde formule fonctionne généralement beaucoup mieux, remarque notre délégué CRA. L’actionnaire financier n’intervient pas dans l’activité quotidienne de l’entreprise ; il reçoit un reporting mensuel, et son avis est sollicité uniquement dans le cadre de décisions importantes. La gestion reste le domaine de l’autre associé.»

Définir le rôle de chaque associé

En revanche, dans une association d’actionnaires qui travaillent côté à côte chaque jour, les relations  humaines interviennent de façon plus importante.  «Les difficultés n’arrivent d’ailleurs pas seulement en cas de conflit. On n’est pas obligé de se fâcher pour ne plus s’entendre ! », constate avec expérience Alain Pomey. Une différence d’âge menant l’un à la retraite alors que l’autre est encore en pleine activité, un mode de vie divergent, des aspirations opposées sont autant de motifs de «divorce». «Le pacte d’actionnaires doit anticiper les difficultés et les litiges éventuels : sortie du capital, vente de parts … Egalement, il doit définir précisément le poste, l’activité et le champ d’action de chacun. Cependant, les aspects humains ne sont pas toujours faciles à anticiper… »

Convaincre le banquier

En 2017, forts de leur union et de leur complémentarité, les deux entrepreneurs s’enthousiasment pour un dossier de reprise de huit unités franchisées La Croissanterie en région PACA (l’une se situe à Orléans). «L’activité et la franchise nous plaisaient bien. Notre candidature a persuadé le cédant : il nous a choisis ! Restait à convaincre le franchiseur et les banques.» Un jeu à plusieurs parties qui mérite une préparation sérieuse.

Sébastien Barbier-Pageault et Hervé Combal ont travaillé leur oral devant le banquier. Ils connaissent leur dossier sur le bout de la langue. «Nous étions prêts. Avec l’aide des délégués CRA, nous avons présenté un business plan cohérent. Nous devions convaincre le banquier que nous étions les bons repreneurs pour cette affaire», se souvient Hervé. Une activité présentant des points communs avec l’entreprise précédente de Sébastien, une anticipation des écueils, une bonne préparation de la passation … : les candidats à la reprise n’ont laissé aucune place à l’improvisation.

Justifier un projet cohérent

Alain Pomey rappelle l’une des clés essentielles pour emporter l’approbation d’un banquier. «Le projet de reprise doit s’articuler avec cohérence entre l’expérience du repreneur, son parcours et le développement de l’entreprise. Par exemple, un ancien imprimeur qui reprend une entreprise d’ingénierie doit pouvoir justifier du choix de l’activité, de la façon dont il va assurer la pérennité de l’entreprise. Près de 80% des échecs s’expliquent par l’absence de cohésion du projet. Il faut se méfier des repreneurs qui annoncent «être ouvert à tout» ! » Qui peut le plus peut le moins.

S’associer pour mieux grandir

«A deux, on est plus fort.», répètent Sébastien Barbier-Pageault et Hervé Combal comme un mantra. Les associés partagent les échecs, la gestion de l’entreprise quotidienne est plus facilement assumée, la satisfaction est partagée et donc décuplée. «Pour avoir vécu les deux expériences, gérer seul ou en association, je préfère de loin la seconde, constate Sébastien. Je crois aussi qu’elle permet d’aller plus loin dans le développement de l’entreprise.» Deux années à peine après la reprise, Sébastien Barbier-Pageault et Hervé Combal envisagent de multiplier par deux les points de vente d’ici 2025…