Transmission : « et puis, le confinement a tout arrêté… »

Sébastien Dessein a repris l’entreprise de son beau-père créée en 1975. En pleine crise sanitaire, il cède l’entreprise EPM (Emporte Pièces des Mauges) spécialisée dans la conception et la fabrication d’outils de découpe de matières souples, à Manuel Destefanis, auparavant directeur général dans un groupe industriel allemand, et Johann Le Ridant, directeur d’une concession automobile, tous deux amis depuis plus de 20 ans. Comment concrétiser un tel projet en pleine crise ? Comment vendre l’entreprise familiale ? Comment passer de «amis » à «associés » ? Les trois nous racontent.

Quel a été le moment déclencheur de vos démarches respectives ?

Sébastien Dessein : À titre personnel, je traversais une forme de lassitude, alors qu’au niveau de l’entreprise, mes clients attendaient des investissements humains et matériels. Je n’avais pas l’énergie pour suivre cet élan, j’avais d’autres envies.
Manuel Destefanis et Johann Le Ridant : À la faveur d’un repas, un ami a relevé le fait que nous avions de l’expérience et des compétences complémentaires. C’était peut-être le moment d’imaginer nous associer…

Comment avez-vous concrètement enclenché vos démarches ?

Sébastien Dessein : J’ai adhéré à l’association CRA (Cédants et Repreneurs d’Affaires), auprès de l’antenne de Cholet. Cela a acté ma décision de vendre. J’ai rempli une fiche d’identité de l’entreprise, en donnant toutes les informations utiles à d’éventuels candidats repreneurs, sans être trop précis cependant pour conserver une certaine forme de confidentialité et ne perturber ni les collaborateurs, ni les clients, à ce stade.
Manuel Destefanis et Johann Le Ridant : Alors que nous étions en cours de négociation de nos départs, nous avons lancé des recherches auprès de plusieurs sources : experts comptables, CRA, CCI, Conseil en transmission d’entreprise. Nous sommes tombés sur l’annonce d’EPM et avons rapidement eu un premier rendez-vous avec Sébastien.

Poursuivez-vous les uns les autres plusieurs pistes en parallèle ?

Sébastien Dessein : J’ai rencontré huit candidats lors d’un premier entretien en lieu neutre, au CRA. La réflexion s’est poursuivie avec 4 d’entre eux, avec une visite de l’entreprise. Très rapidement, Manuel et Johann m’ont indiqué leur intérêt. J’ai continué quelques temps avec deux, puis un candidat, jusqu’à tout cesser, dès qu’ils m’avaient fait parvenir leur lettre d’intention.
Manuel Destefanis et Johann Le Ridant : Nous avons réfléchi à deux dossiers en parallèle d’EPM avant de nous positionner.

Combien de temps ont pris vos démarches ?

Sébastien Dessein : J’ai reçu la lettre d’intention de Manuel et Johann en février 2020 et l’enchaînement a été rapide. Nous avons signé le protocole d’accord début mars et notre calendrier prévoyait une vente avant l’été.
Manuel Destefanis et Johann Le Ridant : Et puis, le confinement a tout arrêté. Les choses n’ont pu reprendre leur cours qu’à partir de septembre 2020 et nous avons acté le closing le 08 octobre.

La crise a-t-elle changé quelque chose à votre projet ?

Sébastien Dessein : Elle l’a ralenti mais à aucun moment, elle ne l’a remis en question. Pendant tous ces mois d’attente, nous nous donnions mutuellement des nouvelles pour nous rassurer. Moi, sur le fait qu’ils continuaient d’être motivés. Et eux, sur ma gestion de l’entreprise dans cette crise.
Manuel Destefanis et Johann Le Ridant : Avec le recul, les choses se sont bien organisées. Une reprise, c’est un moment stressant pour les salariés. C’était une bonne chose que le capitaine soit à la barre pendant la crise.

Justement, comment avez-vous organisé la communication autour de la cession ?

Sébastien Dessein : À partir du mois de juin, j’ai informé mes collaborateurs pendant un temps collectif. J’en ai reçu quelques-uns ensuite en entretiens individuels, selon les demandes. Il fallait rassurer. C’était un moment où certains se sont interrogés sur leur propre avenir dans l’entreprise, c’est normal. Pour les clients, nous avons envoyé un courrier d’information et organisé des rendez-vous, dont certains en visio, conditions sanitaires obligent. Dès la signature du protocole d’accord, nous avions prévu que j’accompagnerais Manuel et Johann pendant trois mois pour leur transmettre un maximum de choses.
Manuel Destefanis et Johann Le Ridant : Dès le lendemain de la vente, nous sommes venus nous présenter à tous les collaborateurs, de façon simple et surtout humble. Nous avons attendu de mieux connaître l’entreprise pour organiser ensuite un temps de présentation de notre stratégie. Nous mesurons notre immense chance d’être tombés sur un cédant comme Sébastien. Il a été d’une grande bienveillance, très patient, très pédagogue.
Sébastien Dessein : C’est une chance réciproque ! Dès notre première rencontre, j’ai senti que nous étions sur la même longueur d’onde, avec les mêmes valeurs. C’est extrêmement important, au-delà de la capacité financière à reprendre l’entreprise. Pour la pérennité, pour la sérénité de tous, il était essentiel que je m’entende bien avec les repreneurs.

Quels sont selon vous les facteurs clés de réussite d’une cession-reprise ?

Sébastien Dessein : Être accompagné par des tiers est indispensable. Je pense au CRA, indépendant et impartial, mais aussi à l’avocat, l’expert comptable, l’expert juridique. Par chance, nous avions le même. Cela nous a permis de gagner du temps dans les échanges
Manuel Destefanis et Johann Le Ridant : Il faut accepter d’être challengé. C’est l’intérêt d’être deux. Nous avons des compétences mais aussi des caractères complémentaires. Cela nous permet de réfléchir « plus large » en confrontant nos avis. La clé essentielle est sans doute la communication. Avec le cédant, avec ses partenaires, avec les salariés, avec son associé. La communication !

Aurélie Jeannin
Anjou Eco n°63 – mai 2021