Transmission d’entreprise : « 40 entreprises sont à reprendre dans le Grand Est »

L’association des cédants et repreneurs d’affaires (CRA) célèbre cette année ses 35 ans d’existence. Dans le Grand Est, l’organisme qui accompagne les transmissions d’entreprise se structure et cherche même à recruter de nouveaux délégués. Le point avec Chantal Gentilhomme-Daubré, en charge de l’animation du Grand Est.

 

Comment fonctionne l’association des cédants et repreneurs d’affaires (CRA) et quelle est son action dans le Grand Est ?

 

Chantal Gentilhomme-Daubré : « L’association des cédants et repreneurs d’affaires a été créée il y a 35 ans par des chefs d’entreprise qui avaient conscience des difficultés liées à la transmission d’entreprises. La structure est aujourd’hui animée par 240 délégués en France dont 17 dans le Grand Est, une région où l’on cherche à renforcer nos effectifs sur les territoires où l’on est moins présent comme c’est le cas en Lorraine. Nos délégués sont d’anciens dirigeants bénévoles qui viennent de prendre leur retraite et qui ont encore leur réseau et une connaissance accrue du terrain et du monde économique. Dans le Grand Est, on commence à se structurer et on met en place des actions de communication et de formation, notamment à destination des repreneurs. »

 

Comment accompagnez-vous les transmissions d’entreprise ?

 

« L’objectif de l’association est d’accompagner les repreneurs et les cédants d’entreprise. La fonction première du CRA est de mettre en ligne des annonces de cédants et de repreneurs sur un site public où tout est anonyme. Avant de voir son projet mis en ligne, il faut adhérer au CRA, avoir rencontré un délégué et monté un dossier avec lui. Le cédant doit nous fournir un certain nombre d’informations sur l’entreprise comme l’activité, la clientèle, le produit commercialisé, le patrimoine immobilier, le nombre de salariés, le chiffre d’affaires, la raison de son départ… Si un repreneur se manifeste, un délégué l’accompagne pour le premier rendez-vous afin de l’aider à éclaircir des choses, et réfléchir sur l’opportunité d’aller plus loin. Par ailleurs notre filiale CRA Formations est réputée en ce qui concerne la formation des repreneurs. Elle en propose plusieurs, dont la plus longue dure trois semaines. Elles peuvent être prises en charge par les droits à la formation ou Pôle emploi pour les gens qui sont au chômage. Le fait d’aller voir une banque en attestant de cette formation reconnue est un atout considérable pour débloquer des financements et finaliser l’acquisition d’une entreprise. Enfin dans le Grand Est, on a également un groupe de repreneurs qui vient de se créer. Ensemble, ils échangent sur les problématiques qu’ils rencontrent. »

 

Quelles sont les opportunités à saisir dans le Grand Est ?

 

« On dispose d’une quarantaine d’affaires disponibles dans la région et de 145 repreneurs en recherche d’une opportunité. Parmi eux, 60 sont basés dans le Grand Est. Cela signifie que le territoire est attractif et attire aussi des entrepreneurs qui n’y résident pas. Les profils des repreneurs sont des personnes physiques mais aussi morales, qui correspondent à des entreprises en quête d’opérations de croissance externe pour se diversifier ou développer des compétences supplémentaires. Du côté des cédants, il y a des départs en retraite mais également des gens dont le savoir-faire réside dans le démarrage des activités, mais qui éprouvent ensuite l’envie de céder leur société après cinq ou six ans d’exploitation. Il existe aussi des dirigeants qui, passé un certain stade de développement, se sentent au taquet et préfèrent céder pour permettre à l’entreprise de continuer de grandir. »

 

Pour les repreneurs, quelles sont les entreprises qui suscitent le plus d’intérêt dans le Grand Est ?

 

« Les entreprises industrielles sont particulièrement prisées. Celles qui portent des activités de fabrication, de négoce et de services sont aussi recherchées. »

 

Qu’est-ce qui peut faire qu’une transmission d’entreprise rate ?

 

« Le pire qui puisse arriver serait un repreneur qui ne partagerait pas les mêmes valeurs que le cédant. Là, c’est quasiment un échec assuré. C’est parfois une difficulté car ce n’est pas si évident de reprendre une entreprise gérée d’une certaine façon. »

 

Comment bien préparer une transmission d’entreprise ?

 

« En cas de transmission mal préparée, l’entreprise ne se transmet tout simplement pas. Une telle opération se prépare longtemps en avance. Au CRA, on dispose d’outils efficaces comme le statut de futur cédant qui permet de se préparer avec une feuille de route et l’aide des délégués qui apportent du conseil. Les repreneurs peuvent bénéficier de l’accès à Diane et à Xerfi, des plateformes qui donnent accès à des informations importantes sur les entreprises. Le CRA fait partie du réseau Transmettre et Reprendre avec Bpifrance, l’ordre des avocats, des notaires, des experts-comptables, de la CCI, de la CMA et de l’agence France Entrepreneur. Aujourd’hui on souffre encore du fait que trop de dirigeants ne savent pas comment faire pour transmettre leur entreprise, et vendent donc leur matériel avant de tout arrêter. Passer par le CRA apporte une aide précieuse. »

 

À titre personnel, le CRA vous a aidée dans la transmission de votre entreprise ?

 

« J’ai cédé il y a quelques années mon cabinet de ressources humaines rémois qui employait une dizaine de salariés. Le CRA a permis une opération rapide. J’ai été très surprise des questions extrêmement précises et pertinentes des repreneurs qui sont venus me voir. En fait ils avaient suivi la formation du CRA. »

 

Les différents indicateurs attestent d’une diminution des défaillances d’entreprise. Est-ce donc le bon moment pour reprendre une entreprise ?

 

« Beaucoup d’entreprises s’en sont bien sorties pendant la crise. Tout ce qui touche au secteur de l’hôtellerie et de la restauration est plus complexe mais pas condamné. On a vu plein de transmissions se réaliser dans ce secteur. Souvent, ça prend un peu plus de temps mais il y a des réussites. Avec la crise, des gens se sont découvert une âme d’entrepreneur au fil des confinements. Le fait d’être isolé chez soi pousse à une réflexion sur nos désirs profonds. On observe une volonté de changement de vie. Certains ont souhaité quitter la ville pour la campagne, d’autres se sont dit que c’était le bon moment pour reprendre une entreprise. »

 

Rédaction Jonathan Nenich

 

 

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