Comme dans toutes les aventures, la réussite d’une reprise d’entreprise réside, entre autres, dans la capacité à minimiser la part d’imprévus et d’aléas. Le risque ne disparaît pas : il est maîtrisé voire évité. En choisissant des modèles économiques connus et vérifiés, le repreneur s’assure le plus possible du succès de son projet. Il y a ce qu’il faut faire et ce qu’il ne faut pas faire. Cependant, au cours du processus, les options sont loin d’être aussi binaires. Le risque – bien réel celui-là – serait de passer à côté d’une belle opportunité.

La martingale n’existe pas

«Ne vous associez pas », «Ne reprenez pas une entreprise en mauvaise santé», «Ne briguez pas uniquement une société industrielle» : tels sont les exemples de recommandations courantes, parfois érigées en principes, préconisées aux repreneurs. Souvent à juste titre si l’on mesure ces conseils à l’aune de l’expérience. Cependant, la prise de risque étant inhérente à toutes actions entrepreneuriales, il ne s’agit pas d’écarter d’un revers de main une opportunité d’achat d’entreprise à la seule raison qu’elle ne coche pas toutes les cases d’un modèle type (si tant est qu’il existe) ou qu’elle demande de s’engager dans un schéma moins cadré.

Prenons l’exemple de l’association à plusieurs. Elle est peu recommandée sous prétexte qu’une mésentente ou une séparation anticipée peuvent mettre en péril l’entreprise ou perturber sa bonne gestion. Faut-il alors se détourner d’une affaire intéressante qui demande des compétences pointues ou des fonds propres importants, ce que vous ne pouvez pas assurer seul ? Un pacte d’associés préalable qui détermine la gouvernance, les conditions d’une séparation et une éventuelle date de fin d’association, anticipe les difficultés (qui ne sont d’ailleurs pas obligatoires). Autre conseil : privilégiez une association asymétrique plutôt qu’à 50/50.

Difficultés un jour, mais pas toujours

Voyons le cas des entreprises en difficulté (nous n’évoquons pas là les sociétés mises en liquidation par le Tribunal). La recommandation est de ne pas s’y attarder. Dommage ! Celle que l’on vous propose aujourd’hui correspond précisément à vos critères de recherche d’activité, de taille, de lieu et… de prix ! En étudiant plus finement la situation, vous vous apercevez que le problème du fonds de roulement s’explique notamment, par des règlements clients très longs, ce délai s’expliquant par des retards de livraison récurrents. Ce problème de gestion, principal levier du redressement, est donc identifié. Et justement, vous êtes un expert en logistique, donc à même d’organiser une distribution des produits performante ! Le «cas» de cette entreprise en difficulté mérite une attention nouvelle…

Quant à la recommandation d’élargir sa cible aux sociétés de service (la majorité des repreneurs recherche une industrie), elle répond en premier lieu à une évidence : le secteur des services représente 75,8% de l’activité économique  contre 20 % pour le secondaire**. Par ailleurs, les entreprises du tertiaire sont concentrées dans les métropoles alors que les industries sont plus disséminées hors des villes. Enfin, rappelons que la valeur d’une entreprise ne se trouve pas uniquement dans les produits ou les moyens de production, atouts de l’industrie. Elle est aussi constituée par la réputation et la notoriété, la clientèle, les marques, les compétences métier…

La promesse des agapes de fin d’année nous rappelle ce que les gastronomes appellent «le sot l’y laisse». Il s’agit là d’un «morceau de chair très fine, de chaque côté de la carcasse d’une volaille, au-dessus du croupion, assez peu apparente pour que «le sot l’y laisse» par ignorance*». Osons la digression gastronomique. Une reprise d’entreprise n’offre pas toujours un beau chapon doré prêt à être dégusté sans risque. Informez-vous, entourez-vous, faites-vous conseiller : vous ne serez pas le « sot » qui laisse filer sa chance…

Bonnes fêtes à tous.

*Définition du Petit Robert.
** Source La Documentation française.